Chronique d’une mort programmée – IV

Il fonctionne encore ce fantasme pour classes moyennes mal logées même s’il est prévu de réserver certains lots au relogement des dernières familles nomades du piémont qui se retrouveront sans ressources, coincées entre quatre murs, vivant quasiment à la charge de la commune et aux dépens de l’environnement, cela va sans dire. Et il fonctionne toujours même si cette opération immobilière est à la fois un formidable jackpot financier mais aussi un moyen sûr de parachever l’acculturation des autochtones en les englobant dans le secteur urbain, en les noyant dans la masse, en les privant de leurs prérogatives sur le territoire, en modifiant leurs modes de vie, en détruisant l’environnement avec lequel ils faisaient corps, en dérobant et dilapidant les ressources qui leur permettaient d’assurer leur subsistance.

Chronique d’une mort programmée – III

L’affluence massive, soit dit en passant, présente aussi l’avantage de dénaturer la vallée au sens propre, de la coloniser, d’en faire reculer les Chorfas héritiers de la tribu qui se retrouvent dans la position de mendiants sur leur propres terres, contraints d’abandonner progressivement le maraîchage et l’élevage et soumis à une acculturation accélérée. Tous les coups sont donc gagnants pour les pouvoirs publics dont la méfiance envers les tribus berbères, au-delà du folklore de vitrine, est viscérale et qui visent par tous les moyens à mettre la main sur l’intégralité du massif forestier soit tout le territoire historique des Aït Ifrane.

Chronique d’une mort programmée – II

La convention fut signée en 2001. Vingt ans après, l’échec est patent, la protection des massifs agro-forestiers de la province d’Ifrane et de leur « rôle fondamental dans la protection des sols, la régulation des eaux et la préservation de la biodiversité », est un désastre national. Pêle-mêle : la ville ne cesse de s’étendre et d’accroitre sa pression sur l’environnement, le déboisement des collines s’intensifie afin d’y bâtir entre les cèdres du patrimoine mondial des palais princiers, un golf royal est inauguré entre Ifrane et Azrou et l’aéroport de loisir de Ben Smim est agrandi pour recevoir prochainement des vols long-courrier au cœur des monts du Moyen-Atlas ! Pendant ce temps, la vallée de Tizguit qui coule en aval d’Ifrane, aussi appelée Val d’Emeraude, dépérit, privée d’eau. La rivière est asséchée par les forages et les captations destinés à fournir les besoins en eau colossaux requis par ces différents équipements ainsi que par la monoculture intensive de la pomme qui prolifère...

Chronique d’une mort programmée – I

Ils sont arrivés un matin de la fin du mois d’août 2009 et ils se sont mis à l‘œuvre, conformément à ce que l’on attendait d’eux. Certains parmi les villageois ont peut-être compris tout de suite, mais la plupart sont restés bouche bée et les bras ballants, incapables de réagir. D’autres, quelques notables locaux, étaient forcément informés. En quelques semaines, deux mois à peine, la rivière allait disparaître, ensevelie sous un mur de gabion à triple niveau, large d’un mètre, grossièrement endiguée. Le cours d’eau vital, l’artère centrale du village était désormais scellée, interdite et serait bientôt asséchée à l’abri des regards.

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